Etat des lieux

•   Chiffres clés


42 espèces de vertébrés exotiques et près de 300 espèces végétales représentent une menace potentielle ou déjà manifeste pour les écosystèmes d’outre-mer.

49 espèces figurant sur la liste établie par l’UICN des 100 espèces parmi les plus envahissantes au monde sont présentes dans les collectivités françaises d’outre-mer.

Parmi les espèces inscrites sur la Liste rouge de l’UICN, un oiseau sur deux et un amphibien sur trois présents en outre-mer sont directement menacés par des espèces envahissantes.

D’après la Liste rouge de l’UICN, les espèces exotiques envahissantes constituent la deuxième menace pour les espèces terrestres d’outre-mer inscrites parmi les espèces en danger d’extinction mondiale.

Tableau 1 : nombre de plantes indigènes, exotiques, naturalisées, envahissantes en outre-mer
Tableau 2 : nombre de vertébrés indigènes, exotiques, et constituant une menace pour la biodiversité
Figure 1 : nombre d'espèces terrestres menacées inscrites sur la Liste rouge de l'UICN en fonction du type de menace







•   Des conséquences graves


Des extinctions d'espèces

Les espèces exotiques envahissantes sont impliquées dans de nombreuses extinctions d'espèces en outre-mer, même si elles n'ont la plupart du temps pas été la cause unique de disparition. C’est bien souvent un ensemble de facteurs (destruction des habitats, surexploitation, prédation par des rats...) qui ont conduit des espèces à l’extinction.

C’est néanmoins dans l’outre-mer français qu’a pris place l'un des exemples modernes les plus frappants d'extinctions consécutives à l’introduction d’une espèce. L’escargot carnivore de Floride, ou euglandine, introduit en Polynésie française à des fins de contrôle biologique contre l’achatine est directement responsable de l’extinction de près de 57 espèces d'escargots partulidés endémiques.

A gauche sur la photo: l'euglandine. A droite: un partulidé.

Des régressions d'espèces

La plupart des espèces exotiques envahissantes conduisent à un appauvrissement des communautés végétales et animales indigènes essentiellement par compétition ou prédation. Des plantes exotiques envahissantes comme le lantana ou différentes espèces d'acacia forment des couverts denses qui étouffent la végétation naturelle.

Les populations sauvages ou en semi-liberté de cochons, de bétail, de chèvres, de moutons et de cervidés observées aux Saintes en Guadeloupe, dans des îles de Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie, dans les TAAF ou à Saint-Pierre et Miquelon, causent à des degrés divers des destructions du couvert végétal et des régressions d’espèces indigènes sous l’action de leur pâturage et de leur piétinement.


Le cerf de Virginie est la principale menace pour la survie des forêts de Saint-Pierre et Miquelon.


Concernant les prédateurs introduits, il n’y a guère de doute à avoir sur les dégâts que peuvent causer les populations sauvages ou en semi-liberté de chats, de chiens ou de mangoustes sur les oiseaux ou les reptiles indigènes.

Parmi les oiseaux, le martin triste ou le bulbul à ventre rouge affectent les espèces indigènes par compétition pour la nourriture ou les sites de reproduction. Le busard de Gould et le grand-duc de Virginie en Polynésie française agissent directement par prédation sur les oeufs, les oisillons ou les adulte des espèces indigènes.

Le Martin triste est l'un des oiseaux exotiques les plus communs des collectivités d'outre-mer de l'océan Indien et du Pacifique. En polynésie française, il a contribué à l'exclusion de plusieurs espèces d'oiseaux endémiques notamment dans les îles Marquises.



Modification du fonctionnement des écosystèmes

L’impact majeur des espèces exotiques envahissantes relève le plus souvent de l’altération des processus écologiques en place. Des plantes exotiques envahissantes peuvent être à l’origine d’un changement significatif de la composition, de la structure et du fonctionnement des écosystèmes en modifiant la luminosité, le taux d’oxygène dans l’eau, la chimie des sols, le cycle des éléments nutritifs, le régime des feux, les interactions plantes animaux etc. Une seule espèce peut altérer le fonctionnement d’un écosystème

En milieu d'eau douce, des plantes aquatiques comme la jacinthe d'eau et la laitue d'eau, envahissantes à La Réunion, peuvent entrainer une eutrophisation du milieu et un bouleversement global des écosystèmes aquatiques. Sur Tahiti, le miconia forme des couverts denses monospécifiques où la lumière arrivant au sol est très réduite empêchant toute régénération de plantes indigènes et endémiques en sous bois. Près de 80 000 ha ont été envahis à Tahiti et entre 40 à 70 espèces de plantes endémiques sont directement menacées de disparition.
Jacinthe d'eau et laitue d'eau

Les rat sont impliqués dans la régression de plusieurs espèces d’oiseaux endémiques comme par exemple les monarques de Tahiti et des Marquises, la perruche d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie, l’échenilleur de La Réunion, ou plusieurs espèces de pétrels dans les TAAF. Ils contribuent également à modifier la composition spécifique et la dynamique des communautés végétales en consommant des graines de plantes endémiques rares, comme le santal en Polynésie française ou l’Ochrosia inventorum en Nouvelle-Calédonie et en favorisant la dispersion de certaines plantes exotiques envahissantes.

Les fourmis envahissantes représentent une des plus grandes menaces pour de nombreuses espèces d’invertébrés ou de petits vertébrés indigènes ou endémiques et peuvent affecter l’ensemble du fonctionnement d’un écosystème. La fourmi électrique ou petite fourmi de feu, envahissante en Nouvelle Calédonie, en Polynésie française et à Wallis et Futuna, altère la structure et le fonctionnement des écosystèmes en éliminant la majorité des invertébrés dans les zones infestées, tout en favorisant certains autres, et en diminuant nettement la diversité et la densité de certains petits vertébrés comme les lézards.
La fourmi électrique
Wasmannia auropunctata


Les espèces potentiellement envahissantes : des bombes à retardement

A côté des espèces exotiques d'ores et déjà envahissantes et problématiques, de nombreuses espèces exotiques sont potentiellement envahissantes. Naturalisées, en cours de naturalisation, ou simplement cultivées ou élevées, elles ne manifestent pas aujourd'hui de caractère envahissant mais pourraient le devenir si les conditions écologiques du milieux venaient à être modifiées en leur faveur. Il s'agit par exemple de plantes vendues en pépinières ou utilisées pour l'aménagement ou d'animaux vendus dans les animaleries qui sont connus ailleurs dans le monde pour être envahissants.

Le Latanier de chine (Livistona chinensis) est localement naturalisé sur l'île de La Réunion. Dans d'autres îles du monde, l'espèce est largement naturalisée voire envahissante comme par exemple sur l'île Maurice ou à Hawaii.



Le changement climatique et la diffusion des espèces exotiques envahissantes interagiront de manière significative. Ce changement perturbera profondément le fonctionnement des écosystèmes, permettant à un grand nombre d’espèces exotiques, inoffensives pour l’instant, de devenir envahissantes.

D
ans l'archipel de Kerguelen, les changements climatiques observés ont pour conséquence d'entraîner la régression des espèces indigènes, favorisant le développement sur de grandes surfaces du pissenlit, originaire des régions tempérées.







•   Des limites importantes à la gestion


Malgré des avancées importantes en termes de recherche, de lutte ou de réglementation, de nombreuses contraintes communes aux collectivités d'outre-mer limitent les actions.

Les cadres réglementaires, orientés essentiellement vers une approche phyto et zoo-sanitaire ne permettent pas une gestion appropriée du risque et ne correspondent pas aux engagements pris par la France. Les moyens financiers en regards des enjeux ne sont ni suffisants ni pérennes. L'absence de stratégie et de hiérarchisation des priorités de facilite pas les synergies entre les acteurs. La sensibilisation des publics reste encore insuffisante.

La mise en oeuvre d'une stratégie globale et partagée par l'ensemble des partenaires (Etat, collectivités, scientifiques, gestionnaires de l'environnement, acteurs privés, ONG...) nécessite une approche transversale (pour l'ensemble des secteurs d'activités concernés) et à plusieurs niveaux :
  • la prévention qui est le moyen d'action le plus efficace à moindre coût ;
  • la veille et la détection précoce des nouvelles espèces avec l'analyse du risque d'invasion ;
  • l'intervation rapide dès la signalisation d'une nouvelle espèce exotique envahissante ;
  • l'adaptation de la réglementation concernant le commerce, le contrôle des transports, les mesures de contrôle aux frontières... ;
  • l'information et la sensibilisation du public ;
  • la lutte à long terme pour contenir les espèces envahissantes déjà installées.


En téléchargement :

Espèces exotiques envahissantes dans les collectivités françaises d'outre-mer. Etat des lieux et recommandations. Comité français de l'UICN. Juillet 2008

Synthèse générale et recommandations (pdf 2Mo)

Cahier photos (pdf 984)

Synthèse par collectivité d'outre-mer et annexes (pdf 2,2 Mo)